Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Dominik Vallet chronique des livres et des BD, montre des planches originales, des dessins humoristiques et parle un peu de sa production personnelle...

Publicité

Odyssée et la sorcière du cimetière 4/4

Quatrième et dernière partie de mon récit :

4


Et elle le fut.

Prostrée dans sa chambre, Odyssée songeait à tout ce qu'elle avait appris. Le monde lui semblait plus grand dorénavant, mais également plus étrange, plus dangereux. Saurait-elle y faire face ? Après tout, elle n'était qu'une petite fille. Germaine avait beau lui affirmer qu'elle possédait le Don des sorcières, elle n'en croyait pas un mot. Ce n'est pas parce qu'elle avait aperçu une créature étrange que ça la transformait en sorcière pour autant !

A ses côtés sur le lit, dormait Casse-Noisette, le chat noir. Sans qu'on sache vraiment pourquoi, le félin aimait dormir non loin de la fillette. Un peu trop bien nourri, il arborait une tête de chouette sous son pelage de nuit. Soudain, l'animal ouvrit un oeil. Immédiatement, on sentait tous ses sens aux aguets. Odyssée devina la présence d'une proie potentielle. Comme elle avait une sainte horreur des souris, elle encouragea le matou :

  • Vas-y Casse-Noisette, bouffe-la !

Avait-il compris les paroles ou répondait-il à son instinct animal ? Nul ne pourrait le dire, mais il sauta au bas du lit d'un mouvement souple. Le fauteuil du coin de la chambre semblait l'attirer comme la lumière avec les phalènes. S'immobilisant, il se mit à feuler rageusement.

Odyssée savait qu'elle n'avait pas le droit de quitter son lit, mais elle se dit que c'était peut-être important car, jamais le chat n'avait réagi de la sorte.

Imitant de son mieux la démarche des indiens, elle se glissa derrière l'animal et vit... Aéria !

  • Ecarte cet bestiole de malheur de moi. Si elle m'effleure, ça me tue !

  • Mais elle te voit ! Je croyais que seules les sorcières le pouvaient.

Odyssée jubilait : si Casse-Noisette voyait Aéria, c'est qu'elle n'était qu'une fillette ordinaire et non une affreuse sorcière et que le feu-follet, n'était qu'une créature surprenante, mais non magique.

  • Imbécile ! Ces saletés de chats noirs peuvent eux aussi nous voir ! Pourquoi crois-tu que la plupart des sorcières en possèdent un ?

Cette réplique mettait à mal les conclusions de l'enfant.

  • Et pourquoi donc es-tu venue me voir ? Pour me voler d'autres habits de poupées ?

  • Bien obligée de venir, voilà tout !

  • Ce qu'Aéria tente de te dire, c'est qu'en lui faisant cadeau de tes jouets, tu l'as rendu redevable envers toi. Elle te doit une faveur et souhaite savoir de quoi il s'agit.

  • Qui a parlé ? S'étrangla Odyssée.

  • Cet imbécile de Glücklich qui ne peut s'empêcher de mettre son nez poilu partout où il ne faut pas !

  • Je peux le voir ?

  • Il faudrait encore que ce fieffé timide daigne se montrer. Ah ça, on l'entend nous faire la morale, mais pour le voir, c'est une autre histoire !

Odyssée tentait de rassembler toutes les informations qui tombaient en rafales. Reprenant un peu ses esprits, elle demanda :

  • Alors, tu peux m'exaucer un souhait, comme le génie dans Alladin ?

  • Faut pas pousser Germaine dans les orties non plus ! Seulement dans la mesure de mes modestes capacités.

Odyssée réfléchit longuement :

  • Je souhaite avoir beaucoup d'argent !

  • J'ai dit : faut pas exagérer. Je ne fais pas pousser les écus dans les arbres.

  • Les euros...

  • C'est quoi ça ?

  • La monnaie qu'on utilise. Les écus, c'était il y a longtemps.

  • Si tu veux, mais ça ne change rien. Choisis autre chose.

  • Si je te demande de piquer les fesses d'Alvin pour me venger de m'avoir cafter aux parents, c'est possible ?

  • Ca, je peux et ce serait même un plaisir que de tourmenter un humain mâle. C'est donc ton souhait ?

Un sourire sadique plissa les lèvres de la petite fille. C'était bien tentant que de faire souffrir son exaspérant de frangin, mais il serait bien regrettable de gâcher ainsi son voeu. Elle prit donc une forte inspiration et se lança :

  • Je veux savoir si je suis vraiment une sorcière.

  • Bien sûr que tu l'es ! Très bien, je peux rentrer, j'ai payé ma dette !

Aussitôt dit, le feu-follet s'évanouit dans la douceur de l'obscurité. A tel point qu'Odyssée n'était plus certaine de ne pas avoir rêvé.

  • Non, tu n'as pas rêvé.

C'était la voix fluette de Glücklich.

Sortant d'un cône d'ombre, un être haut d'un vingtaine de centimètres apparut. Hirsute comme ce n'est pas permis, doté d'un nez trop long pour être vrai et d'une petite salopette de lin, le lutin avait décidé de se montrer.

  • C'est toi, Glücklich ?

  • Oui, c'est moi, mais permets-moi de te faire remarquer que tu as gâché. Aéria aurait pu te ramener des tas d'objets remarquables. Elle est une chapardeuse de première.

  • Alors, je suis vraiment une sorcière ?

  • Oui. De nos jours, avec le progrès qui s'insinue partout, la magie recule sans cesse et les gens ayant le Don aussi. D'ici une génération ou deux, nous aurons peut-être cessé d'exister. Nous avons besoin de gens croyant en nous. Les enfants ont en eux cet esprit merveilleux qui nous maintient encore en vie. Les vieilles personnes également. Certaines, du moins, mais tout cela s'étiole et notre monde se retrécit. Alors, s'il te plait, ne refuse pas ton Don. Nous en avons besoin.

  • Odyssée ! Maman t'avait interdit de te lever !

Alvin était entré dans la chambre et avait immédiatement entamé les hostilités.

  • Chut Alvin ! Tu vois bien que je parle à un lutin !

Son frère la dévisagea curieusement. Son incompréhension n'était pas feinte.

  • Qu'est-ce que tu racontes ? Il n'y a rien ici !

Glücklich leva un doigt devant sa bouche pour indiquer à la fillette de se taire, puis il s'éclipsa discrètement, comme une ombre.

  • Oui, tu as raison, je me couche. Ce doit être la fatigue.

Le garçon aiguisa un sourire triomphal.

  • Ouais. Tu es punie !

Odyssée regagna son lit en silence. Alvin n'avait pas vu le lutin, c'était indéniable. Elle devait donc posséder un don particulier faisant d'elle ce qu'on pouvait appeler une sorcière. Cette perspective ouvrait des horizons trop vastes pour son coeur d'enfant et elle hésita.

Après tout, Glücklich était dans la pénombre, ce qui expliquait que son frère n'ait rien remarqué. Peut-être même avait-elle été drogué chez la vieille dame et qu'elle avait eu des visions ? Ce soir là, Odyssée décida de ne rien choisir, de rester une petite fille (presque) ordinaire. Son sommeil fut peuplé de centaures, de licornes et de fées multicolores. Des rêves merveilleux, mais rien que des rêves, car tout cela ne pouvait être rien d'autre que des songes fantastiques. Il le fallait bien, sinon...

Non, elle n'était pas une sorcière !

FIN

La première partie

La deuxième partie

La troisième partie

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article