De retour de Bruxelles, tous les médias nationaux nous ont claironné que Sarkozy avait convaincu ses interlocuteurs, emballé les ministres des finances européens et conquis Christine Lagarde, ministre de l'économie.
On était donc prié de s'agenouiller devant tant de talents. Sarkozy est omniprésent, mais tout aussi omni-compétent. C'en est à se demander pourquoi on a des ministres. Déjà que Fillon a été porté disparu (vous l'avez vu quand pour la dernière fois ?), il ne faudrait pas qu'il éclipse tout son personnel.
En fait, la réalité est moins rose. Notre monarque a été fraîchement accueilli et les ministres ont préféré ne pas en rajouter pour ne pas ouvrir une nouvelle crise alors qu'on tente de relancer l'Europe. Comme Juncker, le premier ministre luxembourgeois a eu la générosité de dire du bien de Sarko, ses paroles un brin lyriques et exagérées ont été largement reprises sur nos ondes.
A l'étranger, la musique ne se jouait pas sur le même tempo. Les journaux européens s'interrogent sur cette France qui prétend jouer les locomotives tout en ne respectant pas les règles communes et en s'affranchissant de ses propres promesses. Angela Merkel a d'ailleurs commencé à tiquer sur les déclarations présidentielles concernant la trop grande indépendance de la Banque Centrale Européenne.
Vous en avez entendu parlé ? Non ?
Normal, les médias nationaux appartiennent à des amis de notre président (que son nom soit loué !) et il ne serait pas de bon ton de montrer une réalité moins héroïque que le version officielle. Je pense que d'ici peu, on pourra lancer une version gauloise de la PRAVDA, l'officine soviétique qui nous distillait de si réjouissantes nouvelles frelatées en direct de Moscou.
Mais les faits sont têtus et la communication a ses limites. Comme disait Mitterrand : laissons le temps au temps et même les journalistes complaisants auront du mal à nous la dissimuler.
Dominik