François Fillon a fait beaucoup de bruit en déclarant à des agriculteurs corses que la France était en situation de faillite financière. Il est des mots qu'on évite de prononcer et faillite en fait partie, tout comme son voisin de palier : RIGUEUR. Christine Lagarde a vu ses oreilles chauffées pour avoir enfreint cette règle non écrite.
La question est de savoir pourquoi Fillon s'est hasardé sur cette Terra Incognita de la communication politique. Voulait-il mieux faire passer le fait que l'état ne donnerait pas d'aides supplémentaires à l'agriculture corse ? Voulait-il exister face à Sarkozy en jouant sur la discordance du discours ? Voulait-il ressortir la ficelle de l'héritage catastrophique ? Une carte risquée quand notre parti a gouverné les cinq années précédentes. Voulait-il nous annoncer une rigueur prochaine ?
J'avoue que je pencherais plutôt pour cette dernière hypothèse, même si c'est peut-être un savant mélange des autres. Quand on a fait un cadeau de 15 milliards d'euros par an aux contribuables les plus fortunés, il sera plus compliqué d'expliquer aux chômeurs, aux smicards et aux RMIstes qu'ils doivent payer plus. Première étape : les franchises médicales. Dorénavant, on paiera de notre poche une quote-part supplémentaire des médicaments et actes médicalisés. Ca ne devrait rapporter que 800 millions d'euros, mais ce n'est qu'un début de rigueur. Le gros mot qui fâche et qu'on ne prononcera pas même si la politique appliquée s'y conformera de plus en plus.
Sarkozy a d'ailleurs planifié un remaniement ministériel en janvier pour dégager les ministres recalés. C'est pour cette raison qu'il leur a donné jusqu'à la fin d'année pour régler des problèmes. L'écrémage aura donc sa justification et le rendez-vous de la rigueur nous pend au nez après les fêtes.
La gueule de bois s'annonce sévère.
Dominik