Dominik Vallet chronique des livres et des BD, montre des planches originales, des dessins humoristiques et parle un peu de sa production personnelle...
"Le passé m'emmerde !". Cette phrase que notre ex-président se complait à répéter ces derniers temps résume bien sa situation judiciaire. Hier, il a été mis en examen pour "détournement de fonds" dans une affaire à l'époque où il était maire de Paris. Nombreuses ont été les réactions à cette première dans notre pays, et le sentiment général exprimé est que cela arrive trop tard, et qu'il ne faut pas accabler un vieil homme !!! Je dois dire que je suis sidéré. A ceux qui trouvent que l'on juge trop tard notre ami Chirac, je rappelle que cela est dû à plusieurs facteurs qu'il a lui-même organisé et mis en place. En premier lieu, ses avocats ont tout fait pour retarder la procédure, et, quand ils n'avaient plus d'arguments, Jacques Chirac s'est arrangé pour faire voter son immunité en tant que président de la république. Du coup, les affaires en cours ont été gelées le temps de son double mandat. Et maintenant, on vient nous asséner que c'est trop tard ! Mais de qui se moque-t-on ? Qui n'a pas voulu être jugé avant ? Qui a plaidé le fait qu'il le serait ensuite ? Et depuis quand l'âge dispense de respecter les lois et d'être jugé ? J'ai aussi entendu des éditorialistes avancer qu'il y a des sujets plus importants et plus urgents à juger. Sans doute, mais si on devait procéder de cette façon, on ne jugerait jamais les voleurs à la tire et les petits délinquants car les méfaits (présumés) de Chirac sont bien plus importants et concernent des sommes bien plus conséquentes. Et encore, la justice a-t-elle été clémente avec lui car bon nombres de dossiers ont été passés à la trappe comme les frais de bouche de l'Elysée, les voyages en avion payés en liquide et autres petites gâteries mettant en cause le créateur du RPR. J'entends aussi des voix se lamenter de l'image donnée à l'étranger. C'est bien possible, mais devrait-on éviter de juger Chirac pour ne pas froisser notre image internationale ? Le point de vue extérieur vaut-il dispense de jugement ? Dans ce cas, il faut être clair et dire que le président n'est plus redevable de rien devant la justice. J'ai vraiment l'impression que l'on marche sur la tête sur ce dossier comme si le fait d'avoir été président rendait définitivement intouchable. Notre système demeure complètement monarchique et l'on ne touche pas à nos dirigeants, mais s'ils n'exercent plus dans l'esprit de beaucoup (trop) de gens. Mais ne nous y trompons pas, le populo n'est pas de cet avis, même si la mise en examen de Chirac reste un sujet secondaire pour lui. Et puis, celui que de Gaulle surnommait "Le grand con" ne risque plus grand chose, des juges amicaux ont suffisamment épuré les dossiers pour les rendre quasi-inoffensifs. Il ne restera que le symbole d'un président face à la justice de son pays.